Celles et ceux qui partiront bientôt à la retraite devront se contenter de rentes des caisses de pension toujours plus basses. Les taux de conversion chutent. Les taux d’intérêt versés sur les avoirs de vieillesse sont au plus bas. Les petits revenus souffrent le plus. Car ils disposent de peu de moyens financiers pour faire des rachats à leur caisse de pension afin d’augmenter leur avoir de vieillesse. La Sonntagszeitung a toutefois l’impression qu’elle a trouvé une solution pour les bas revenus : « Vite, constituez-vous un troisième pilier ! » Mais, prôner le troisième pilier pour résoudre la crise du deuxième revient à soigner le mal par le mal !

Ce n’est pas par manque d’information qu’un tiers de la population n’a pas conclu de troisième pilier. C’est tout simplement par manque de moyens. Les banques et les instituts financiers nous bombardent régulièrement avec des publicités pour leurs produits de prévoyance privée. Et des cohortes de vendeurs d’assurances tentent de nous refiler des assurances-vie. Le business est lucratif. Cela vaut la peine d’investir dans la publicité et le marketing. L’attrait fiscal qui réside dans la constitution d’un capital retraite privé est tel que les produits du troisième pilier ne doivent même pas être avantageux pour les clients. Ceux qui peuvent se le permettre se constituent un troisième pilier pour économiser des impôts et non pas dans le but de faire une bonne affaire pour leur prévoyance vieillesse. Il n’est donc pas étonnant que plus des deux tiers des épargnant(e)s n’ont aucune idée du taux d’intérêt versé sur leur compte 3a.

Pourtant, il faut avoir suffisamment d’argent pour pouvoir verser des cotisations à un troisième pilier. Les salarié(e)s qui ont de bas revenus ne peuvent en général pas se le permettre. Les gens qui ont entre 20 et 30 ans, qui sont encore souvent en formation, ne disposent que d’un modeste revenu. Ils n’ont que peu de possibilité d’économiser. Ensuite, vers la trentaine, vient la phase où l’on fonde une famille. Les dépenses pour le loyer et la garde des enfants augmentent beaucoup, de sorte qu’il est difficile de mettre de l’argent de côté. Les économies faites en partie avec le troisième pilier sont à cet âge bien plus souvent engagées dans l’acquisition d’une maison ou d’un appartement. Dans les années qui suivent, le troisième pilier est plus fréquemment utilisé pour amortir les hypothèques et beaucoup moins pour la prévoyance vieillesse. A 50 ans, viennent le tour des rachats à la caisse de pension pour compenser les rentes en baisse. Pendant cette phase, la formation des enfants peut aussi coûter cher.

Mais surtout, en tant que système de prévoyance par capitalisation, le troisième pilier est confronté aux mêmes problèmes que les caisses de pension. L’argent ne rapporte presque plus en ce moment. Les taux d’intérêts sur l’épargne des comptes 3a est microscopique, actuellement d’environ 0,5 %. Certaines banques commencent à ne plus rémunérer l’épargne. La capitalisation des intérêts qui est nécessaire pour accumuler un capital conséquent est pratiquement morte. L’épargne au travers de prises de participation avec des produits de fonds 3a ne donne pas les rendements escomptés. Des émoluments de l’ordre de 1 à 2 % de la somme placée sont en outre habituels dans les fonds actifs. Des milliers de francs migrent ainsi dans les caisses des banques, sans contrepartie substantielle.

Les gens qui espèrent retirer une rente de leur troisième pilier font une mauvaise affaire. Les conditions pour calculer une rente viagère sont extrêmement défavorables. Les taux de conversion se situent en dessous de 4 %. Pour obtenir une rente de 2000 francs par mois, il faut avoir accumulé un capital de 630 000 francs. Un tel objectif d’épargne pour les bas et moyens revenus est loin d’être réaliste.

Dans la situation actuelle, il est bien plus intéressant d’augmenter les rentes AVS. Pour l’AVS, les taux d’intérêts bas ne sont pas un problème, en raison de son financement par répartition qui reverse directement les revenus tirés des cotisations salariales. A quoi s’ajoute que les revenus modestes et moyens reçoivent proportionnellement plus de rentes pour chaque franc de cotisation. Il est donc clair : qui sait calculer, ne mise pas sur le troisième pilier, mais renforce l’AVS. Comme le demande l’initiative AVS. Afin que les personnes actives reçoivent des rentes plus élevées pour leurs cotisations.